
La vedette rapide qui devait nous emmener à SIEM REAP avait fière allure hier sur la photo présentée au moment de l'achat des billets... Aussi, lorsque le taxi nous déposa ce matin à 6h 30, du haut du quai nous comprîmes tout de suite en voyant l’épave amarrée au quai que le voyage allait être mouvementé. Ce bateau n’était plus que le fantôme de la photo prise il y à trente ans et ne devait de flotter encore qu’aux couches de peinture dont il était régulièrement barbouillé. La cabine construite comme un avion mais sans les ailes était déjà pleine à notre arrivée et deux de nos places occupées. Malgré le panneau limitant le nombre de passagers à 86 les voyageurs continuaient de monter à bord s'agglutinant sur le toit de la cabine et s'agrippant à tout ce qui pouvait les retenir. La montagne de valises et de cartons grossièrement ficelés n’était pas sans rappeler l’exode. Même plus une place pour l'orchestre au moment du naufrage ! A sept heures, au moment du départ, le convoi comptait 152 passagers... et bien sûr aucune bouée à bord...
Les moteurs survitaminés nous propulsent rapidement à plus de 60 km/h dans un bruit assourdissant vers le lac Tonlé Sap. Vraiment ça décoiffe ! Assis sur le pont large d’une cinquantaine de cm, nos pieds peuvent toucher l’eau. Le spectacle qui défile maintenant devant nous et la fraîcheur due à une très grande vitesse rendent ces trois premières heures idylliques, nous faisant même oublier combien le soleil peut être brûlant à cette heure matinale... Nous longeons des kilomètres de villages sur pilotis, assistons à la baignade des buffles, à la remontée des filets de pêche et croisons bon nombre de bateaux de transport encore plus chargés que nous. La végétation luxuriante et une certaine douceur donnent à penser qu’ici la pauvreté doit être plus facile à vivre. Les trois heures suivantes sur le lac furent interminables. Grand comme une mer et peu profond à cette période de l’année nous avons touché le fond alors qu’aucune côte n’était visible... La vedette ainsi ralentie n’a évité l’enlisement que grâce à la dextérité du fils du capitaine qui, assis à l’avant du bateau, jaugeait la profondeur à l’aide d’un bambou. La température est soudainement remontée et un besoin de se dégourdir les jambes a commencé à se faire sentir...
Notre arrivée dans un village lacustre à quatre kilomètres du débarcadère inaccessible à cause du manque d’eau restera un des grands souvenirs de notre voyage. Les moteurs de notre vedette à peine arrêtés, nous sommes abordés par une dizaine d’embarcations d'où sort une meute hurlante brandissant des pancartes à bout de bras. Sur l’une d’entre elles, à notre grand étonnement, figure notre nom. J&B réussissent à récupérer les bagages et en moins de dix minutes notre vedette est vide sans qu’aucune personne ne soit passée par dessus bord. Un vrai miracle... Le pilote de notre nouvelle embarcation est un jeune champion. Agé d’une quinzaine d’années, en moins de 500 mètres il trouve le moyen de télescoper une autre embarcation, de noyer son moteur et de traverser une barrière... Tout a été si rapide que nous n’avons pas eu le temps d'apprécier le village sur pilotis qui nous avait accueillis.
Nous débarquons enfin sur la terre ferme et chargeons tant bien que mal la tonne et demie de bagages qui nous accompagne dans le coffre de la voiture du taximan venu à notre rencontre. Cap sur SIEM REAP. Le brave homme nous conduit dans un hôtel qu’il connaît visiblement bien (il touche une commission sur chaque touriste déposé). Ne correspondant pas à notre attente, il essaie un deuxième puis un troisième mais sans résultat... Nous sentons alors naître en lui comme un léger début d'énervement. Sachant qu’un khmer fâché rougit facilement... Nous sortons alors de notre poche le prospectus d’un hôtel ramassé le matin même à PHNOM PENH en lui demandant de nous y accompagner... Adieu la com ! Cette fois-ci c’est le bon. Beaucoup plus central, de plain pied et à l’architecture agréablement zen, l’ensemble est très plaisant et verdoyant. Après négociation avec le boss indien nous obtenons une première remise de cinq USD par chambre, aussitôt suivie grâce au talent de Bapt d’une deuxième équivalente. La journée s'achèvera par un dîner des plus folklorique au restaurant de l'hôtel.
Demain matin après 14000 kilomètres parcourus, nous serons enfin aux portes d’ ANGKOR.
1er jour
Une fois installés confortablement dans les deux rickshaws (sortes de banquettes à roulettes tractées par une mobylette et négociées à dix USD la journée), la caravane peut enfin s’ébranler. Une halte obligatoire réservée aux touristes et nécessaire à la réalisation d’un passeport (payant, cela va de soi), nous permet d’assister au récital improvisé du dernier fan de Christophe dont le "J’avais dessiné sur le sable..." version Khmer est angkor au Top 50.
Grand moment d’émotion et de privilège lorsque nous réalisons que dans un instant, la carte postale illustrant tous les guides touristiques du Monde et qui se trouve face à nous va enfin s'animer...
Une interminable allée de pierres brûlantes parfaitement ajustées et bordant ce qui était autrefois des bassins remplis d’eau nous conduit à l’entrée de "Angkor Wat" le plus connu du site. Les escaliers plus raides qu’une échelle de pompier en limitent l'accès aux alpinistes avertis. Nous choisissons d’entrer par les ouvertures latérales alors que nos deux jeunes choisissent la varappe. Je ne sais par quel miracle de l’architecture, en quelques instants et sans aucun effort de notre part, nous nous retrouvons tous au même niveau. Là, dans la pénombre la température est moins pesante et la progression plus aisée d’autant que la foule tant annoncée n’est pas au rendez-vous. La rencontre de quelques bonzes en toges oranges fluo qui pour quelques riels font brûler de l'encens au pied d’un Bouddha enguirlandé incite au recueillement. L’ensemble gigantesque est un vrai labyrinthe Nous passons de galeries en corridors, traversons cours et coursives, escaladons marches et niveaux sans pourtant jamais nous perdre.
Nous visitons ainsi successivement plusieurs temples. La distance qui les sépare est pour nous l’occasion de récupérer confortablement assis. Le déplacement rapide de nos engins a le même effet sur nous qu’un puissant ventilateur. A chacun de nos arrêts, nous sommes assaillis par une nuée de marchands ambulants (enfants de cinq à douze ans) nous proposant moyennant "dollars", flûtes et clochettes, cartes postale et statuettes. Notre choix ou plutôt besoin allant toujours vers les boissons fraîches, carburant sans lequel une momification rapide serait assurée. Nous avalons chacun par jour de quatre à cinq litres. Il est difficile de résister à l’audace et au charme de ces enfants. Le contact des touristes du monde entier a fait de chacun un redoutable commerçant... "Acheter moi Madame s’il vous plaît"... Certains de ces enfants parlent même à dix ans un anglais parfait. Grâce à eux les repas sous les paillotes proches des temples ont été un vrai moment de bonheur.
La fin de la visite fut précipitée afin de ne pas manquer après la rude escalade de la colline de "Phnom Bakheng" le traditionnel coucher de soleil sur Angkor.
De retour à SIEM REAP le "Red Piano" nous fit goûter ses spécialités, vautrés dans de profonds et confortables fauteuils de rotin. Abandonnant J&B dans un cyber café la journée s’acheva comme elle avait commencé, c’est à dire chaudement.
2ème jour
Une promenade aux antiquités du marché de SIEM-REAP repoussa notre entrée sur le site en fin de matinée. Toujours escorté de nos deux motards nous commençons la visite par le mythique temple de "Ta Phrom"... Ce temple est resté tel qu’il a été découvert après cinq siècles d'abandon. La nature tropicale surpuissante a repris sa place. Les racines démesurées des fromagers s’enroulent autour de la pierre comme les tentacules d’une pieuvre géante. Le spectacle est hallucinant !
Certains de ces temples trop longtemps abandonnés au caprice du temps ne ressemblent plus à ce jour qu’à une forêt de pierres. l’UNESCO maître d’oeuvre de ce gigantesque chantier a entrepris un plan de sauvetage. Chacun de ses adhérents se voit ainsi confier la responsabilité d’un monument. Le gros problème est que tout ce qui a été fait jusqu'à maintenant n’est que de la consolidation. Déplacer une seule pierre et tout l’édifice s’effondre. Alors la seule solution consiste à démonter l’ensemble après avoir numéroté chaque pierre, et remonter ensuite le puzzle sur une structure en béton... Un travail pharaonique !
Le dernier temple visité ce jour-là et le plus beau à notre avis est sans conteste "Preah Khan". Il devait être environ 17 heures quand nous avons emprunté la magnifique allée bordée de statues qui mène à l’entrée du temple. A cette heure, le soleil embellit la pierre et la moindre sculpture prend alors tout son relief. Les deux colosses armés à l’entrée principale sur l'embarcadère autrefois bordé d’eau sont impressionnants. Ici l'ensemble est construit de plein pied sans étage. De multiples bassins pavés et autrefois irrigués permettaient aux galeries à doubles colonnes qui les entourent de se refléter. Ici toutes les pierres du sol au plafond sont sculptées. On ne peut s'empêcher de rêver à ce que pouvait être ce lieu magique au temps de sa gloire...
Des mécènes Américains ont pris en charge la restauration de ce palais mais, il semble que nos Amis d’Outre-Atlantique aient plus de facilité à démolir qu’a rénover car il y a quelques années une partie de l’enceinte principale s’est effondrée...
Une fois de plus nous sommes pressés par le temps car une montée en ballon à 200 mètres doit nous faire découvrir ANGKOR vu du ciel...
3ème jour
Matinée libre pour tout le monde.
Bapt le plus courageux se fait déposer à "Angkor Wat" à 5 h du matin afin d’assister au lever du soleil et nous profitons de ce moment de détente pour faire des emplettes dans le marché local. Nous nous retrouvons autour d’une salade à l’heure du déjeuner et décidons alors d’aller chercher la fraîcheur sur la côte sud-est du pays, là où le sable est blanc et la mer transparente.
Seul impératif pour ce voyage, rejoindre PHNOM PENH et de là trouver un taxi pour nous conduire à SIHANOUKVILLE : aucun problème mais cette fois ci nous choisissons de prendre l’avion.
Une dernière visite à "Preah Khan" et nous rendons Angkor à la foule cambodgienne venue fêter en famille le "Nouvel An Khmer"
Demain réveil à cinq heures direction l’aéroport de SIEM REAP...
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